Exposition Karine Krynicki + concert de "La Boucle" | Association PaïPaï Angers

Exposition Karine Krynicki + concert de "La Boucle"


Détails

  • tarif indicatif
    Gratuit
  • Date
    ven 28 avr
  • ouverture
    18h30
  • début
    18h30
  • fermetures
    22h00

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Exposition Karine Krynicki

Née en 1970, Française, Karine Krynicki est une artiste plasticienne qui sculpte, modèle, peint et trouve sa matière dans les objets délaissés, blessés, détériorés, déclassés, désaffectés, elle les requinque, leur imagine de nouvelles destinées, leur invente de nouvelles affectations, les soumet aux grâces et aux magies de son imagination. Elle regarde son entreprise artistique comme un jeu, ce qui, à mon humble avis, n'a rien de péjoratif ou de restrictif et ajoute à l'aventure une lointaine épice, une charmante épice revenue de loin. Des vergers, des rues, des squares, des jardins de l'enfance. Il n'est pas requis, pensons-nous, de s'emmerder pour créer. Par ailleurs, chez Krynicki, le bonheur de la trouvaille, la saveur de l'idée originelle, le plaisir de l'aboutissement sont lisibles dans les œuvres, ils y étincellent. On les perçoit et c'est une heureuse perception. Mais ceravissement ne me paraît pas l'apanage de l'enfance. C'est celui de l'artiste, de l'artisan parvenu heureux, satisfait au terme du processus créatif. Cette joie, je pense, persiste dans l'état adulte. Je crois qu'il reste à l'intérieur de l'adulte, - à l'écart de ses empêtrements, désillusions, dégonflements -, des carillons, des feux d'artifice, des choses qui tournent à l'image des manèges, des musiques chaleureuses, des bouffées de tendresse, des sachets de dinguerie, des faunes et des flores rescapées des grosses moissons de la raison.

L'art de Krynicki est un art joyeux aussi, mais pas seulement. S'il rit, s'il porte une joie intérieure et rayonnante, il ne craint pas de marcher sur l'absurde, le surréel, l'étrange et même le tragique. Dévoyer les choses, les détourner, les soigner, les transfigurer, transformer leur inertie objectale, leur conférer une présence n'est pas anodin. Il y a toujours un peu du docteur Frankenstein (singulier enfant de Madame Shelley) dans l'opération, de la fée aussi, de la sorcière, de la ferrailleuse, Oui, la sorcière aux pouvoirs magiques entre en jeu (c'est l'artiste qui parlait de jeu) pour instiller un âme à l'objet, le faire passer du fonctionnel au spirituel, de la chose au fétiche. Ces objets sont chargés de sens, d'émotion, ils portent sur eux cette métamorphose qui est leur salut, ce passage du néant fonctionnel au talisman. Les dieux ont seuls ce pouvoir de ressusciter.

Passage du vide à l'émotion, au silence habité et à l'expression de quelque chose. Dans ces dévoiements habiles, poétiques, magiques, il y a l'entretien d'une flamme spirituelle. Un dépassement de la matérialité. Une confiance en la poésie, en l'image, le symbole, l'analogie, les figures. Une sorte d'élévation. Ainsi, les objets spirituels de Krynicki sont pour moi des poèmes en trois dimensions que je regarde, que j'écoute, que j'entends respirer, sourire, parler une langue légère et profonde, fragile. Rescapés des dépotoirs et des fourrières, des cimetières de l'inutilité, ils sont, par l'entremise d'une artiste, entrés dans le monde inespéré de l'oeuvre, cet objet qui parle, rit, se moque, implore, rayonne, prie, hurle, crée des relations. Ils sont venus à nous et, surpris et charmés, nous entrons en relation avec eux.

Denys-Louis COLAUX

Karine Krynicki, quand la ferrailleuse se fait sorcière et poétesse.

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be – Novembre 2014